L Art Abstrait expliqué par Pierre STERCKX

L Art Abstrait Compréhensible

J’ai découvert le critique d’Art Belge Pierre STERCKX dans une émission de Guillaume DURAND. A l’époque, on parlait encore d’Art Contemporain sur les Grandes chaînes de télé généralistes… Je fus surpris de la clarté de son discours et de ses conseils, bien loin des textes indéchiffrables de certains de ses confrères Français essayant d’expliquer l’oeuvre d’un Artiste C’est la raison pour laquelle, je vous propose cette vidéo de Pierre STERCKX expliquant une Oeuvre Abstraite de MONDRIAN. Limpide et Réjouissant !

Transcription texte de la vidéo

Devant cette composition jaune et bleue de 1936, c’est une sensation d’apaisement et de bonheur, quelque chose de très clair, et je crois que ça répondait tout à fait  à la philosophie de MONDRIAN qui pensait que ses peintures pouvaient changer le monde, qu’elles pouvaient ôter la violence de l’homme et du monde, c’est ça que je ressens. Et souvent les gens se demandent ce que cela représente, il ne faut même pas se le demander, ça ne représente rien, ça se présente soi-même, c’est quelque chose qui se suffit à soi-même, on appelle ça une autopoïèse, une poésie de soi-même en Art, et c’est de la musique. Ma 2ème impression c’est : je me trouve devant un tableau qui me donne le plaisir de la musique. Alors là, y a quelque chose à dire entre ce grand carré jaune là au dessus et le petit rectangle bleu en dessous, on pourrait parler de 2 harmoniques. C’est comme au piano, la main gauche qui frappe 2 notes, 3 notes ensembles et ça fait un accord. Donc, il y a un accord, un grand jaune et un petit bleu qui est de la pure visuelle. MONDRIAN cherchait une musique, comme dirait Pierre BOULEZ, une musique lisse, une musique qui n’est pas scandée, qui une raconte pas d’histoire, une musique éclatée dans toutes les directions et qui n’est pas composée, en même temps. Moi, je sens beaucoup de swing chez MONDRIAN. Le Jazz, c’est : mesure carrée, la mesure carrée, 4 temps, et en même temps, on ne fait que de la syncope, c’est à dire, on émet des notes faibles sur temps forts, et ça se met à devenir élastique et aller de l’avant et d’arrière en même temps, et c’est ça le SWING, ce battement là.. Ce n’est pas du tout un angle droit euclidien, la géométrie d’Euclide utilise des angles pour mesurer l’espace, MONDRIAN ne mesure pas du tout l’Espace, ses angles droits sont des intensifications d’espace et pas du tout des mesures. Donc, pour bien comprendre ce qui se passe dans un tableau comme ça, il faut le lire en longitude et latitude, comme un Atlas où on se balade d’un continent jaune vers un îlot bleu, où on peut prendre une transversale ou deux, où on peut prendre un petit chemin vertical à gauche, mais à aucun moment l’angle droit ne clôture un espace, au contraire, l’angle droit chez MONDRIAN est la Flexibilité même. Il ouvre un espace, tout le temps, tout le temps, c’est ça qui frappant dans un tableau comme ça et comme dans tous les tableaux depuis les années vingt jusqu’à la fin de sa vie. Il utilise, comme tout le monde le sait, les 3 couleurs primaires, le bleu qui est là en dessous, le jaune qui est là au dessus, le rouge n’y est pas parce qu’il n’est pas obsédé par le fait qu’il doit les mettre toutes les trois, et quelquefois il met les 3, quelquefois 2, quelquefois 1. Les couleurs primaires sont d’ailleurs à ce moment là dans un champ coloré gris, tous les gris de MONDRIAN sont légèrement colorés, parce qu’il mélangeait ses blancs et ses noirs avec des pigments rouges, bleu ou jaune selon qu’il attendait une certaine vibration de ses gris, donc c’est extrêmement sensuel ces gris, ce sont des épidermes. Et justement, j’ai dit “épiderme “, le rouge, le bleu et le jaune, ces 3 primaires et ces lignes verticales et horizontales, qui sont comme un tissage – vous savez que le tissage, y a une ligne de trame et une navette, c’est à dire, des fils verticaux et des fils horizontaux qui s’entrecroisent. Il faut regarder  je crois, un MONDRIAN comme un grand tissage, un réseau, et à ce moment là on a envie de citer un grand théoricien de la couleur du XVIème siècle Vénitien qui s’appelait DOLCE, et ce DOLCE a écrit un traité de la couleur qui est très préoccupé  de la carnation, la façon de rendre la beauté de la peau humaine, et il dit : Qu’il ne faut surtout pas mélanger les couleurs ! Si on mélange les couleurs, on va trouver de la boue. Remarquez que MONDRIAN ne veux pas mélanger les bleus et les jaunes pour faire du vert par exemple. Il a exclu ce genre de mélange, donc, il veut les 3 primaires, et DOLCE dit : les 3 primaires, faut les utiliser pures, pour donner la beauté de la carnation. Le rouge, dit-il, qui sont les artères, le bleu, qui sont les veines, et il dit pas que le jaune est de la graisse, mais j’ai envie d’ajouter : le tissu graisseux, qui est jaune.. Alors vous avez là dans les tableaux de MONDRIAN, d’une façon complètement abstraite, sans description de corps, vous avez en fait l’énergie du corps humain et la beauté du corps humain. IL a quitté la Hollande, il en voulait plus, il a changé son nom, son patronyme, MONDRIAAN où il y avait 2 “a“, il a enlevé 1 “a“ pour ne plus être taxé de Néerlandais. Donc, d’accord,  il a voulu quitter la Hollande, mais il est profondément Hollandais. L’angle droit c’est Hollandais ! Alors je vais vous dire quelque chose, le mot Désir qui est un mot extrêmement important dans l’histoire de l’Humanité, Désir, vous savez ce que ça veut dire ? “dé » : je suis à distance de “sir“ et “Sir“ c’est SYRIUS, je suis à distance des étoiles. Quand je suis en état de désir, je cherche à constituer des constellations pour calmer mon désir, mon manque. Les Hollandais disent pas ça, pour désir ils disent : “OTFEURLANK “ et “TFEULANK“ c’est “ VERVALIR“ et “LANK”, ça veut dire : “VERVALIR “, loin d’ici dans l’espace, et “LANK “ c’est dans un long temps, qu’est ce qui ont fait les Hollandais ? Il disent que le Désir est une question d’angle droit, l’angle de l’espace et l’angle du temps, voilà ! ça c’est bouclé, et il est dessus, il est dessus.. Bon, pour terminer cette histoire de hollandais, il s’exile à Paris, très bien, c’est qu’il se découvre  le Grand Peintre qu’il est, et ensuite il va à NEW-YORK, il termine son existence quelques années à New-York. Mais New-York, c’était la Nouvelle Amsterdam au XVIIème siècle, c’était les Hollandais, et les rues de New-York se coupaient à angle droit, l’angle droit Hollandais, qui est devenu la circulation urbaine de Manhattan, alors il était toujours en Hollande, mais une Hollande tranfigurée…

3 Comments

  • Christian PDV dit :

    Quelle joie dans cette interprétation de l’oeuvre de Mondrian!

  • … épatant ce commentaire de Mr. Sterckx !!!! Et quelle culture … !!

  • Thierry dit :

    Merci pour cette belle interview sur la Peinture et la musique, Peindre la Musique c’est colorer l’espace et le temps ! tout est dit ! La force des couleurs donne une profondeur aux sons, la composition du tableau donne le rythme et l’harmonie musicale… ça Swing, en effet !
    Le tableau, un espace de liberté pour libérer la musique, qui l’aurait cru ! GT

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